considérations musicales, politiques et philosophiques

20 septembre 2016

le standard trio de paul bley...

Paul Bley Trio - The Nearness of You

 

A une époque où le trio de Keith Jarrett connaissait un succès retentissant avec son « Standard Trio » (voir Setting Standards New-York Sessions, un coffret réunissant ses trois premiers volumes), Paul Bley gravait de son côté une kyrielle d’albums en petite formation (duo, solo, quartet), gagnant en intérêt au fil des écoutes. Pour ce qui est du trio, le pianiste canadien rappelait l’esthétique de son cadet. Un comble quand on y repense, parce que Paul Bley avait bien sûr tout appris au jeune Keith Jarrett. En tout cas, ce dernier lui était redevable. Il en est ainsi parfois de quelques élèves, qui finiraient par nous faire croire qu’ils ont dépassé le maître parce que, d’une certaine manière, ils ont eu plus de succès que celui-ci (que l’on songe à Fred Hersch et son élève Brad Mehldau…). On trouve donc un Paul Bley jouant des standards bien achalandés, très populaires et très accrocheurs, entre ballades et morceaux mid-tempo. Le format du trio n’a jamais été un secret pour lui (que l’on se souvienne de son trio avec Steve Swallow et Pete La Roca au début des années 60). A cette époque, il entame sa quatrième décennie de musicien accompli. Avec « Nearness of You », il prend surtout le temps de raconter avec tendresse et conviction des moments uniques, faisant sonner son piano avec une clarté lumineuse. Et puis, il est clair que cet album regorge de pépites, on n’insistera jamais assez sur ce point. Dans la même collection, il m’apparaît même plus réussi que Questions et My Standard (gravés respectivement en février et décembre 1985).

La tonalité de l’ensemble est vraiment « relax », le répertoire étant essentiellement constitué de ballades. Rappelons enfin que le pianiste avait délaissé, ou disons mis entre parenthèses, ses explorations « free » pendant tout ce temps (les années 80) où il se trouvait en Europe (comme vous le savez, il fut avec Ornette Coleman l’un des pionniers en la matière). En effet, dès lors qu’il enregistrait pour les labels Steeplechase, Owl, Soul Note ou le label canadien Justin Time, le pianiste revenait à un jazz plus détendu, beaucoup plus balisé et même très sophistiqué. Point de « concept » ou de recherches comme dans ses albums parus sous le label ECM. On a parfois des clichés sur les musiciens issus du free. Et c’est bien dommage. La production du pianiste par le label danois dément tous les stéréotypes imaginables. Un vrai et bon musicien sait jouer de tous les styles, et Paul Bley était forcément de ceux-là (1).

Pour cette session studio du 21 novembre 1988 que j’écoute beaucoup ces temps-ci, la critique s’est montrée plutôt tatillonne, voire pusillanime. Trois étoiles pour Penguin Guide, quatre pour AllMusic. Pour ma part, sans crier au « chef-d’œuvre absolu » qui, pour vous donner une certaine idée, correspondrait à ce que je ressens à l’écoute de Open, To Love, son plus grand disque solo ou Not Two, Not One, l’une des plus belles illustrations d’une performance en trio avec Gary Peacock et Paul Motian et l’une des plus exigeantes qui soit, « The Nearness of You » ne démérite pas et se hisse même sans problème parmi les plus grandes réussites du pianiste dans cette configuration si prisée, le trio tout acoustique. Encore une fois, si vous aimez les trios de Jarrett, et j’oserais même dire, ceux de Bill Evans (bien que les deux hommes aient toujours eu une approche différente), ne manquez pas celui-ci, vous ne sauriez être déçu(e)s. Ron McClure est à la contrebasse (superbe sonorité, une présence, une écoute et un jeu singulier) et Billy Hart à la batterie (gardien du tempo, il n’hésite pas à casser le rythme, parfois à la manière d’un Paul Motian). Soit deux coloristes qui contribuent à leur manière aussi à la réussite de cette petite pépite.

Bref, c’est sans aucun doute un grand disque de trio jazz. Pour moi s’entend. Même si j’ai parfois quelques réticences avec l’usage de la cloche par le batteur, notamment sur la première plage (« This Can’t Be Love », une pièce signée Lorenz Hart et Richard Rogers). Billy Hart emploiera le même stratagème sur « What A Difference A Day Makes », plage 3, « Blues in the Closet », la composition d’Oscar Pettiford, plage 5 et enfin sur « Take the A Train », le tout dernier titre…). Rien de bien dramatique cela étant dit. Sur les thèmes suivants, « The Nearness of You », et surtout « These Foolish Things » et « We’ll Be Together Again », le batteur se fait carrément plus feutré. D’ailleurs, on tient là trois parfaits exemples de ballades maîtrisées et d’une beauté à faire pleurer (sans pour autant tomber dans la sensiblerie). Trois chefs-d’œuvre de raffinement et d’interaction. De la tendresse, de la retenue, tout y est. Ron McClure offre un soutien impeccable avec une sonorité magnifique (comme il l’a été dit pour l’un de ses tout premiers enregistrements auprès de Wynton Kelly, Full View), bref ce contrebassiste que je trouve encore sous-estimé savait y faire, y a pas à dire. Avec « Lullaby of A Birdland » (composition de George Shearing), le trio reste dans des repères bien balisé, mais fichtre, ça swingue, ça joue, ça pulse avec une belle énergie et une finesse dignes des meilleurs trios de Steve Kuhn et de Fred Hersch. A découvrir de toute urgence !

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(1) Comme le rapporte Guy Renard dans le numéro de Jazz Hot de janvier 2016 (quand nous a quittés le pianiste), la carrière de Paul Bley « s'est déroulée sur près de six décennies, et elle a suivi toutes les évolutions matérielles et stylistique du jazz. Il a débuté dans le bebop enregistrant avec Charlie Parker et, cette même année 1953, il joue avec Charles Mingus. Quatre ans plus tard à Los Angeles, il réunit un quintet avec un tout jeune Ornette Coleman et montre ainsi son intérêt pour les nouvelles évolutions du jazz. Le quartet continuera sans lui et deviendra la formation d'Ornette Coleman qui se passe alors de piano ».

 

Paul Bley Nearness of You

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14 août 2016

turn on the lights...

Je n'imaginais pas qu’en ressortant ce coffret de derrière les fagots l’expérience allait être tout aussi bouleversante qu’il y a vingt ans, quand parut pour la première fois ce magnifique objet sur fond rouge et noir. Publié initialement par le label Warner, ce fameux « cube box » comprend six disques incluant chacun plus d’une heure de musique ! Sa publication en novembre 1996 fut un événement sans précédent dans le milieu du jazz et les plus belles plumes de la presse spécialisée ne tarirent pas d'éloges à son égard. Ce coffret fit l’objet d’une réédition (Nonesuch) en 2009 (Turn Out The Stars dans un emballage beaucoup plus mince que le superbe « cube box » paru treize ans plus tôt…). Aujourd’hui les deux éditions sont en rupture de stock et les prix dépassent vraiment la décence ordinaire… Cela étant dit, l’intégralité de ces quatre soirées se trouve sans problème sur des sites en streaming. Les sites en streaming, la mort programmée de la musique… Le son n’y est pas aussi excellent que sur compact disque ou sur vinyl, on ne le répètera jamais assez. Et je ne suis pas sûr que l’on puisse aussi bien apprécier un enregistrement par ce moyen de diffusion. Les sites en streaming nous disent seulement dans quel monde de surconsommation nous nous trouvons. On ne lit plus les critiques fiables. Tout le monde se fait critique de tout et n’importe quoi. Quant à la qualité d’écoute, elle s’en retrouvera toujours lésée, forcément… On n’écoute pas un disque de la même manière. Mais c’est ainsi… Les temps changent. Nouvelles générations… De celles qui mépriseront et jugeront à l’emporte pièce des œuvres aussi essentielles que celle-là. Les vacances sont en tout cas propices à écouter ce genre de monument. Entre minuit et cinq heures du matin, puis entre midi et quatorze heures… Les bras m’en tombent. L’idée d’un certain bonheur aussi. Fragile mais réel. Ou l’idée d’une certaine plénitude, car cette musique stupéfiante nous comble au delà de toute parole. Le temps parcouru au cours de ces six heures et trente-six minutes vous dépasse. Il y a là effectivement quelque chose d’ineffable comme le disait Vladimir Jankélévitch (La musique et l’ineffable). Ineffable et métaphysique à la fois. Je n’ai pas encore écouté les sessions au Keystone Corner captées entre les 31 août et 07 septembre 1980, soit une semaine avant la disparition du maître (dans The Last Waltz et Consecration nous avons droit à seize heures de musique captées au cours de sept soirées au fameux club de San Francisco). Mais ici, à New-York, au Village Vanguard (contrat d’une semaine, entre les 04 et 08 juin 1980), une chose est sûre : Bill Evans éblouit, séduit, rage, veut comme en finir au plus vite. Prémonitoire ? Sans doute. Et pourtant, il touche le sublime. En jazz, il y a toujours eu le joli, puis le beau, et enfin le sublime. La différence entre l’anecdotique et le métaphysique est de taille.

Il est notable que le dernier passage du pianiste au Village Vanguard (trois mois avant sa mort prématurée le 15 septembre 1980) ait pour titre « Turn Out The Stars ». Après tout, n’était-ce pas une façon de dire qu’il ne lui restait que peu de temps à vivre, que son art, aussi brillant fût-il, touchait à sa fin ? Il le savait. Il en était bien conscient. Conscient qu’il était malade et que ses jours étaient comptés. Ses problèmes de drogue le tiraient vers le bas depuis pas mal d’années déjà. « Turn Out The Stars », composition merveilleuse du pianiste, est à ce titre prémonitoire. Prémonitoire jusqu’au bout des ongles, jusqu’au creux de la nuit, dans l’obscurité d’un club légendaire… Le public est médusé, enchanté… Le pianiste ne m’a jamais paru aussi volubile, aussi loquace, et aussi nerveux qu’ici. Mais il est également concentré, juste, profond, sincère et d’une authenticité de cristal. De toute manière, le pianiste véritable n’est-il pas un conteur, un livre ouvert à lui seul ? En sa compagnie, la musique prend alors le tour amical d’une immédiate intimité. Et quand de surcroît ce pianiste s’appelle Bill Evans, nous sommes avec lui comme le plus sûr des compagnons. Nous l’écoutons. Nous fermons les yeux. Nous sentons ses silences et ses élans lyriques (qui ne tombent jamais dans la sensiblerie ou le sentimentalisme forcené), ou pour le dire autrement, nous sentons sa vie, son cœur déchiré, son âme, sa patrie intérieure bouleversée et si humaine, même si ceux-ci se teintent de mélancolie, de langueurs lucides et lointaines, notamment sur des ballades inoubliables telles que « I Do It For Your Love » (disque 5), « Minha » (disque 6) ou encore « Quiet Now » (disque 2). Que dire encore de ces trois versions de « Nardis » au cours desquelles le trio m’apparaît plus free que jamais ? Bill Evans, de disque en disque, de concert en concert, s’est fait ainsi des amis de voyage et de bordées. Le piano comme instrument, la mélodie et l’épanouissement harmonique comme boussole, le jazz comme carte ou comme territoire, les notes suivaient les années et les différentes saisons, que ce soit un dimanche de juin 1961 (Sunday at the Village Vanguard) ou un jour d’hiver de janvier 1974 (Since We Met et Re :Person I Knew), le Village Vanguard était un peu sa résidence.

Il allait ainsi clore sa carrière sur la côte est, tout comme John Coltrane, dans un lieu mythique de New-York, et ce, de façon si extraordinaire (les deux hommes, même s’ils ont joué ensemble, avaient bien entendu un style et une approche bien différentes du jazz). Un double LP de ses sessions était prévu. Evans était donc concentré pour l’enregistrement. Sa publication ne verra hélas jamais le jour de son vivant (pour celles et ceux qui ne pourraient se procurer le coffret, signalons la sortie de ce disque tout aussi recommandable, Highlights from Turn Out The Stars qui illustre le choix du pianiste pour ce fameux double LP)… Bref, il fallut attendre seize longues années ! Les nouveaux partenaires de Bill sont ici Marc Johnson à la contrebasse et Joe LaBarbera à la batterie, arrivés un an plus tôt (on les avait déjà entendus à l’Espace Cardin, dans deux sublimes volumes publiés eux aussi à titre posthume, The Paris Concert, edition one et The Paris Concert, edition two). Ces deux musiciens savouraient le velouté de quelques standards marqués au fer rouge et la fraîcheur des nouvelles compositions du pianiste. Notes bouillonnantes et accords complexes glissaient ainsi au revers des heures, jusqu’à jouer pendant trois sets au cours d’une même soirée, et le jour s’en allait, consumé et rougeoyant, vers des couchants fondus avec les aubes, avant de reprendre le lendemain le même chemin. On a longtemps disserté sur l’apport de Marc Johnson dans ce nouveau trio (dans la droite lignée d’Eddie Gomez mais surtout de Scott LaFaro et même de Charlie Haden, au point que Bill Evans dira que ce trio était le meilleur qu’il ait eu depuis la mort tragique de celui qui avait composé « Jade Visions » et « Gloria’s Step »). Si Marc Johnson fit l’unanimité, en revanche Joe LaBarbera posa problème. Son jeu n’avait rien de fondamentalement « jazz ». D’aucuns le trouvaient lourdingue derrière les fûts, aussi lourd qu’un éléphant marchant sur un tapis de porcelaine, comme diraient certains. C’est un jugement un peu injuste. Certes, La Barbera n’est pas le coloriste que fut Paul Motian, ni le très fin Larry Bunker, et son rôle, s’il avait été tenu par un Philly Joe Jones, ou un Marty Morell, ou encore un Shelly Manne, on se doute que le résultat eût été autrement plus brillant. Et pourtant. Et pourtant, il y a une telle télépathie entre les musiciens que l’on pardonnera cette faute de goût de la part du pianiste et cette incompréhension de la part des mélomanes. Marc Johnson est incroyable de bout en bout, donnant le maximum (non pas que le batteur se contente du minimum), mais c’est là où l’on voit la différence entre celui qui possède un style merveilleux identifiable dès les premières notes (comme je le disais plus haut, Marc Johnson se rapproche énormément de Charlie Haden) et celui qui possède une technique limitée, sans aspérité, malgré toute l’ardeur qu’il peut y mettre, ça ne changera pas grand chose. En attendant, allez à votre médiathèque ou attendez une nouvelle édition ! Sinon, greffez-vous sur le LP mentionné plus haut. Bonne écoute à toutes et à tous.

 

Turn_Out_the_Stars_The_Final_Village_Vanguard_Recordings

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31 juillet 2016

Le toucher exceptionnel de Phineas Newborn...

Diane - Phineas Newborn Jr. Trio

Voici un extrait de The Newborn Touch, Diane, une composition du saxophoniste Art Pepper dédiée à son épouse, et que celui-ci avait gravée quelques années auparavant aux côtés de Wynton Kelly, Paul Chambers et Jimmy Cobb (Gettin' Together). Quand Art entendit Phineas jouer cette ballade, il nous est rapporté qu'il n'en croyait pas ses oreilles ! Incrédule, et surpris par l'excellence de l'interprétation, il interrogea le pianiste. Celui-ci répondit, laconiquement : The piece is very nice, very nice. (Le morceau est très joli, très joli). Il faut connaître Phineas Newborn pour comprendre ce que veulent dire ces deux mots quand il les prononce... 

 

Bien sûr, lors d'une première écoute, on se dit (ou du moins on peut se dire) que le pianiste Phineas Newborn Jr. a enregistré des disques beaucoup plus importants que celui-ci. The Great Jazz Piano of Phineas Newborn (Contemporary 1962) ou encore, beaucoup plus magistral, le sublime et quasiment indépassable Here Is Phineas (Atlantic 1956), lequel marquait les vrais débuts du pianiste à New-York après avoir été repéré à Memphis par un certain Count Basie quatre ans plus… Ce serait pourtant regrettable de passer à côté de celui-ci. En effet, avec The Newborn Touch, le pianiste de Minneapolis clôt un début de carrière époustouflant (1956-1964). A trente-et-un ans, son assurance et sa technique pianistique restent inchangées. Non seulement Phineas Newborn est un météore exceptionnel, mais il est surtout un virtuose bouleversant. Si beaucoup l’ont comparé à Art Tatum, c’est oublier que Phineas Newborn avait sa propre voix (identifiable dès les premières notes) et s’exprimait dans un style bop très bluesy, avec une parfaite connaissance de l’idiome classique (Beethoven, Mozart, J.S. Bach). Malheureusement, le pianiste ne sort pas énormément pour se produire en club. C’est un grand timide et présente quelques problèmes psychiques.

Après avoir aligné des disques aux côtés de Roy Haynes et Philly Joe Jones (il faut réécouter We Three mais aussi A World of Piano), ce nouveau disque en trio sur fond rouge gravé le 1er avril 1964 pour le label Contemporary records le voit entouré de Leroy Vinnegar (contrebasse) et Frank Butler (batterie). Leroy Vinnegar surnommé « Le rocher de Gibraltar » pour sa stabilité et régularité de jeu était un musicien accompli. Les amateurs de Charlie Parker et du bop en général l'avaient fort bien repéré au début des années 50. Leroy Vinnegar est aussi un excellent pourvoyeur de thèmes qui sont désormais rentrés dans le panthéon des classiques du jazz. Il suffira d’écouter une de ses compositions sur cet album, le génial « Hard To Find » pour s’en convaincre. Quant à Frank Butler, véritable métronome, ayant aiguisé les fers auprès de Billie Holiday, Duke Ellington, Art Pepper, Hampton Hawes et John Coltrane (excusez du peu !), il figure parmi les plus grands batteurs de l'âge d'or du jazz, comme il l’a été dit ici et là… Son jeu sur la ride est d’une finesse et surtout d’une clarté inouïe (qualité d’écoute optimale, dès le premier thème, « A Walkin’ Thing »). 

Les thèmes alternent climats tempérés et d'autres plus tendus, libérant une charge émotionnelle incomparable (au cours de cette introduction surréaliste sur « Pazmuerte », le pianiste semble convier Debussy et Ravel, avec des idées nipponnes, puis hispanisantes). Cette composition de Jimmy Woods, saxophoniste météore ayant produit deux disques incontournables au début des années 60, est une sorte de marche funèbre, comme l’indique son titre. La mort ou la paix, les deux seules alternatives à tout conflit. Le jeu de Butler, sur une idée du pianiste (il faut écouter ce que le batteur fait avec ses baguettes), est à proprement parler inoubliable. Avec « A Walkin’ Thing » (superbe composition de Benny Carter que l’on trouvait initialement dans Jazz Giant), Phineas Newborn apporte sa patte et semble jouer ce qu’il sait faire de mieux depuis Fabulous Phineas. Autrement dit, trouver des paroxysmes mélodiques incomparables. On se souviendra longtemps également de « Diane » (ballade d'une tendresse infinie, signée Art Pepper). Ce thème, qui était un hommage du saxophoniste à son épouse, trouve ici une apothéose inouïe.

En effet, jouer aussi lentement une mélodie en l’enrobant de tant de beauté et de contrôle, ça n’est pas donné à tout le monde. La technique du pianiste est parfois mise en avant sur des thèmes plus rapides, sans jamais tomber dans l’ostentatoire. « Grooveyard » (composition de Carl Perkins) vaut son pesant de cacahuètes, tout comme « Blue Daniel » (composition de Frank Rosolino). On y admirera le groove innervé au cours de ces deux thèmes inoubliables, ainsi que l’osmose entre les musiciens, au point de vouloir se les repasser en boucle. Légèreté de la main droite, idées ingénieuses. On ferme les yeux. Pour le reste du répertoire, c’est entre de l’excellent et du très bon. On découvrira également l’une des premières compositions d’Ornette Coleman, « The Blessing » (1). 

Seul petit regret qui vient noircir un peu le tableau (mais est-ce vraiment un regret ?), ces deux pièces inédites (les fameux « bonus tracks ») qui ne sont pas toujours à la hauteur des pièces précédentes. En effet, « Good Lil Man » (composition de Marvin Jenkins) est un petit blues, dans la tradition de Bobby Timmons. Enfin, la reprise de la « master take » de « Be Deedle Dee Do » n’apporte rien de plus. Cela étant dit, avec « The Newborn Touch », le pianiste signe une œuvre majeure. Il atteignait le sommet d'une carrière déjà jalonnée de nombreux chefs-d'œuvre. Evitant les clichés mais possédant un drive irrésistible, une puissance de jeu à nulle autre pareille, notamment une main gauche phénoménale (il ne jouera que de celle-ci sur « The Sermon », la fameuse composition de Hampton Hawes, une version à faire pâlir les pianistes!), Phineas Newborn grave une œuvre magnifique que l’on écoutera en boucle pour en tirer sa substantifique moelle.

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 (1) Cette composition d'Ornette Coleman que l'on retrouvera dans plusieurs albums du saxophoniste, notamment dans Ornette Coleman at the Hillcrest Hollywood mais aussi dans Something Else. Elle fut reprise par quelques pianistes. Que l’on songe à la version de Gonzalo Rubalcaba dans son album Blue Note, The Blessing (Blue Note, 1993).

The Newborn Touch

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30 juillet 2016

En attendant le prochain Fred Hersch (suite et fin)...

Fred Hersch Trio - If Ever I Would Leave You

Chronique rédigée en juillet 2014 à mon retour de Lyon. Ecoutez cet extrait, por favor, magnifique version de If Ever I Would Leave You (composition de Lerner / Lowe) pour comprendre et entendre la qualité narrative de ce pianiste exceptionnel. Belle journée à toutes et à tous.

 

Attention, pianiste rare ! Né en 1955 dans l’Ohio, Fred Hersch reste à maints égards un musicien confidentiel. D’une sensibilité à fleur de peau, son expression musicale est limpide, poétique et ne saurait laisser indifférent. Après une session « live » de toute beauté (Alive At The Vanguard en trio, publié par Palmetto records en 2012) et trois enregistrements atypiques aux configurations multiples (d'abord un duo avec le clarinettiste Nico Gori dans Da Vinci, puis un autre, avec cette fois-ci le guitariste Julian Lage dans Free Flying, deux albums sortis respectivement en 2012 et 2013, avant de graver un enregistrement invraisemblable avec le trio du pianiste Benoît Delbecq : Fun House, toujours chez Palmetto records), voici donc le dernier album studio d’un immense pianiste qui vous vrille l’âme comme un Bill Evans ou un Keith Jarrett des meilleurs jours. « Floating » (Palmetto records, juillet 2014) renoue avec la formule classique du trio tout acoustique de piano jazz (piano, contrebasse, batterie). Mouvements d’ondulations et de flottement, voilà donc le programme. Variations des climats entre ballades savoureuses et morceaux un peu plus rapides. Fred Hersch est peut-être encore méconnu, mais depuis quelques années, le fait d'avoir lu ci et là qu'il avait été le professeur de Brad Mehldau a suscité pas mal de curiosités. Son esthétique (lyrisme, recherche d’un épanouissement harmonique, explosion du chant intérieur) en comblera plus d'un. Sa précédente publication en studio avec le même rythmique s'intitulait Whirl et était sortie en 2010 sous le même label. C'est semble-t-il le format le plus prisé à l'heure actuelle. Hélas, pourrait-on dire, si peu de trios font la différence aujourd'hui...

Un disque de Fred Hersch constitue donc toujours un « événement » dans le monde du jazz. L'ancien professeur de Bradou (au même titre que Kenny Werner par ailleurs) possède un toucher remarquable, le situant parmi les pianistes les plus attachants du circuit jazzique. Son triangle est par ailleurs bien rôdé. Les trois hommes se connaissent bien et s'entendent à merveille pour développer ce genre de dialogue sans égo. La qualité du piano (cristallin et clair comme de l'eau de roche) est indéniable. Signalons à toute fin utile, que cette année, c'est sans doute le quatrième ou cinquième album dans cette configuration qui, de mon point de vue, sort vraiment du lot. Après le fameux Floodstage de John Hébert, le très délicat Stories d'Enrico Pieranunzi, le bouillonnant Root of Things de Matthew Shipp, auxquels se rajouteront le Liv de Stefen Orins et le très surprenant Double Windsor de Sylvie Courvoisier, l'album de Fred Hersch se place parmi les plus grandes réussites du genre cette année... Aux côtés du pianiste on retrouve donc sa fidèle rythmique, à savoir John Hébert à la contrebasse et Eric McPherson à la batterie (1). Si lors d'une première écoute, j'ai été peu surpris (comme d'habitude, Hersch exprime parfaitement ses sentiments, d'une manière suave et poétique), toutefois, au fil d'écoutes répétées, l’album gagne en maturité. La qualité d'une œuvre pareille s’apprécie d’abord dans une certaine discrétion... Après un temps de latence nécessaire... Loin des projecteurs et du bruit médiatique. On y reviendra forcément. « Floating » est très agréable (le titre éponyme est un chef-d’œuvre de tendresse et de musicalité absolue, dont le pianiste a le secret). Mieux, c'est un grand disque dont ne sauraient souffrir maintes réécoutes.

Toutefois, il lui manque par moments la fraîcheur d'un enregistrement « live ». Ambiance propice pour une écoute superlative et de qualité : le crépuscule, à la tombée de la nuit, quand les lumières sont tamisées... Et bien s’entourer. On écoutera ce disque seul ou avec des connaisseurs… Le mérite du pianiste est de continuer d’explorer les méandres filandreux du piano jazz. Dix thèmes composent ce recueil. D'abord pas mal de nouvelles compositions personnelles (le pianiste revient longuement à l'intérieur du livret sur les raisons qui l'ont poussé à écrire telle et telle pièce). Beaucoup de sympathie et d'affection pour sa mère et sa sœur à qui il dédicace un morceau, « West Virginia Rose ». D'autres compositions sont autant de clins d’yeux sincères à des amis musiciens, comme le pianiste Kevin Hays (« Autumn Haze ») ou encore la contrebassiste Esperanza Spalding. La sensibilité et la tendresse exprimées sur « A Speech to the Sea » et sur cette version d’anthologie de « If ever I would leave You » nous rappellent le niveau d’excellence de ce trio, appelé à devenir un classique parmi les classiques. Deux standards ouvrent et clôturent l’album dont la durée est l'équivalent d'un set (« You and the night and the Music » et « Let's Cool One » de Thelonious Monk). Clarté du propos, délicatesse poussée à son paroxysme, maîtrise des émotions, évacuation de toute sensiblerie, tout contribue à faire de cet enregistrement une réussite majeure dans la discographie du pianiste (Mais y en a-t-il eu de mineure ?). Petit défaut, au niveau du mixage et du jeu aussi, John Hébert me semble en retrait par moments. L'enregistrement donne ainsi le sentiment d'être extrêmement léché, voire beaucoup trop travaillé, au dépend d'un naturel que l'on retrouve essentiellement en live. N'oublions pas que Fred Hersch a commis deux albums « live » de toute beauté parus sous le même label : Alive at the Vanguard (2012), et Live At Village Vanguard (paru en 2003), lequel constitue de mon point de vue son plus bel album en trio. Cela dit, on (ré) écoutera avec beaucoup d'intérêt « Floating », pour peu que l'on souhaite retrouver, au milieu de ce monde de brutes, « luxe, calme et volupté »...

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(1) On retrouvera John Hébert dans deux autres albums parus cette année et présentant la même configuration que celle-ci : « Floodstage » dont j'ai parlé plus haut (on pourra toujours lire ma chronique) et enfin dans l'album de la pianiste Kris Davis aux côtés du batteur Tom Rainey (Waiting for You to Grow).

 

Fred Hersch Floating

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28 juillet 2016

En attendant le prochain Fred Hersch (suite)...

Fred Hersch - Sarabande

 

Il y a trente ans, Fred Hersch gravait en trio son deuxième album en leadeur. Le titre dit d'emblée tout l'amour du pianiste pour cette danse lente et hypnotique qui est en même temps une danse forte, douce et noble (1). « Sarabande » fut enregistré quelques mois après « Horizons », lequel album marquait les vrais débuts du pianiste en tant que leadeur (un premier disque gravé aux côtés de Marc Johnson et Joey Baron). De mon point de vue, et ce malgré une photo peu alléchante, ce deuxième album se situe nettement au-dessus. Pour plusieurs raisons. La première tient au répertoire (variation des climats, entre compositions personnelles et standards inoubliables). La deuxième est due à la présence conjuguée de Charlie Haden (contrebasse) et Joey Baron (batterie), donnant au projet de Hersch une consistance beaucoup plus naturelle et solide. Le jeu du contrebassiste (sonorités boisées, expression mélodique et soutien incomparable, force et puissance du tempo, sens de l’écoute) contribue à ce bonheur d’écoute, pour nous autres musiciens ou mélomanes. Le pianiste désirait, à cette époque, retrouver l'ancien compagnon d'Ornette Coleman. Les deux hommes se sont maintes fois croisés, lors de plusieurs gigs en duo, notamment au Bradley's (comme le rappelle le pianiste dans les notes de livret), puis lors de l’enregistrement de « Mighty Lights » de la saxophoniste soprano Jane Ira Bloom (aux côtés d’Ed Blackwell). Leur entente musicale ne faisait aucun doute. Hélas, leur dernière rencontre remonte à l’enregistrement de ce disque. Enfin, on soulignera le niveau d’excellence de l’ensemble. Chaque pièce est ici traversée par une grâce ineffable. Bref, « Sarabande » est tout simplement un chef-d’œuvre de musicalité incomparable. Comme d'habitude, l'esthétique de Fred Hersch est faite d'ombres et de lumières, et croyez moi ici, la luminosité atteint des firmaments que seuls Bill Evans et Keith Jarrett étaient capables d’approcher. Alors que j'avais noté moins généreusement d'autres albums du pianiste, avec celui-ci, Fred met la barre très haut et je donne ainsi le maximum d'étoiles dans ma notation. La quintessence de son expression artistique trouve un épanouissement harmonique des plus éblouissants qui soit. Souvent comparé à Bill Evans, Fred Hersch est en fait un pianiste singulier, ayant une sonorité bien à lui, mais comme son aîné, il a trouvé dans la formule du trio sa véritable identité.

Cette séance gravée à New-York les 4 et 5 décembre 1986 vient donc d'être rééditée par le label SunnySide sous l'impulsion du pianiste (mai 2015 pour les notes de livret, mars 2016 pour le pressage). En attendant la prochaine publication du pianiste (une nouvelle captation « live » au Village Vanguard avec John Hébert et Eric McPherson/// la sortie de « Night at the Village Vanguard » est prévue pour la mi-août 2016...), on ne manquera pas de réécouter « Sarabande », cette merveille des merveilles. Même s'il ne s'agit là que de l’unique enregistrement en trio de Fred Hersch avec Charlie Haden, on saluera l'initiative du pianiste. Charlie Haden nous a quittés il y a deux ans des suites d'une longue maladie. C'est donc une sorte d'hommage qui lui est rendu. Ce qui frappe l'auditeur, c'est bien entendu l’évidence de ce triangle rare qui n'a que très peu répété (sic). Quelle alchimie, quelles osmose au final ! Hersch n'a que trente ans au moment de graver cette galette, et son assurance artistique atteint un épanouissement que bon nombre de pianistes pourraient lui envier... Très à l'aise sur tous les tempos (les climats sont variés et la version de « What is this thing called Love ? », joué en ternaire, sur un rythme rapide et casse-gueule, pousse le pianiste dans des retranchements hallucinants, permettant aux musiciens de prendre des risques incroyables avec une assurance de jeunes adolescents). Le pianiste varie ainsi les harmonies, et propose des chants intérieurs mouvants. Mieux, on assiste à une sorte d'explosion lyrique sur chacune de ces pièces, sans que cela ne tombe dans la facilité ni la complaisance. Tout est parfaitement maîtrisé. Les émotions sont contrôlées, et en ce sens, « Sarabande » fait partie des plus grandes réussites en trio. Lyrisme, chant intérieur, complexité harmonique (écoutez « Enfant » d'Ornette Coleman, c'est d'un beauté sans pareille, avec un Charlie Haden donnant une assise et un tempo diabolique!), répertoire inoubliable, tout cela contribue à faire de « Sarabande » un album indispensable, forcément.

Composé de neuf pièces, l’album bénéficie par ailleurs d'une prise de son exceptionnelle. D'emblée, avec un « I Have Dreamed » d'une tendresse asbolue, Hersch raconte tout simplement la beauté des réveils sortis de l'aube. On est également heureux de retrouver deux magnifiques pièces composées par deux pianistes (à savoir « The Peacocks » de Jimmy Rowles et « Blue in Green » de Bill Evans). Deux versions d’anthologie qui ne tombent jamais dans la sensiblerie. Quand le pianiste développe ses idées et improvise sur ces thèmes, cela donne des interprétations où l'osmose entre les trois hommes est à son comble. Les autres standards (« Enfant » d'Ornette Coleman, « What is this thing called Love » de Cole Porter, « This Heart of Mine » d'Arthur Freed) sont autant de prétextes pour raconter avec saveur et une rigueur incroyable des moments de vie unique. Loin du tumulte, loin du bruit. Fred Hersch a par ailleurs apporté quelques compositions personnelles tout aussi inoubliables (« Cadences », très influencé par Keith Jarrett, « Child's Song » en hommage à son mentor, Charlie Haden, ou encore « Sarabande »). A l’écoute de ce set studio de 55 minutes il y a vraiment de quoi être ému par tant de beauté. Comment ne pas être bouleversé au plus profond de son âme à l’écoute de chacune de ces pièces ? Ce sont parfois des échos à la musique de Schumann et de Chopin. Mais au-delà de ces références, c’est surtout une musique vivante, à fleur de peau. Album-phare dans la discographie du pianiste, « Sarabande » est à Fred Hersch ce que des albums comme « Explorations » ou encore « Portrait in Jazz » sont à Bill Evans. Il tiendra forcément une place importante dans votre cédéthèque. Ce jazz là, très classique, sait non seulement être tendre mais aussi décoller, prendre de la hauteur, de par une intensité et un sens de la création inouïe. Les musiciens dans une cohésion et une rare alchimie sont tous inspirés et trouvent des idées lumineuses en termes de mélodies et d’harmonies… La maturité du jeune Fred Hersch est ici indéniable. Voici donc un disque indispensable, et inépuisable à mon sens (d'ailleurs, depuis que j'en ai fait l'acquisition, je l'écoute régulièrement en boucle...). « Sarabande », quasiment obsessionnel, s'incarne en un véritable chef-d'oeuvre. L'évidence même de la quintessence du trio de piano jazz.
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(1) L'origine, discutée, de la sarabande, paraît être espagnole, voire sud-américaine. L'étymologie reste incertaine. Le terme serait dérivé du persan « sarband », turban (Dictionnaire étymologique, Alain Rey, 1992).

 

Fred Hersch Sarabande

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23 juillet 2016

En attendant le prochain Fred Hersch...

Cela va de soi : Fred Hersch est un pianiste confidentiel, un ami intime, presque un secret... Néanmoins, il gagnerait aujourd'hui à être davantage reconnu. Ceux qui ont une vague idée de ce qu'il joue vous diront avec dérision qu'il pratique le piano jazz tel qu'il se jouait en 1963... Certes, son jeu n'a rien de révolutionnaire et s'inscrit dans la tradition classique héritée de Bill Evans, Steve Kuhn ou encore George Russell. Mais il est d'une authenticité remarquable, pour ne pas dire d'une fragilité indicible. Sa voie est si singulière au final, qu'il se démarque de tous ses prédécesseurs. Ce magnifique double album digipack prolonge la voie d'excellence illustrée par ses albums précédents, gravés pour les labels Palmetto et Sunnyside (1). On y trouvera tous les ingrédients associés à l'art de ce musicien rarissime : musique faussement classique, sens de l'intimité à fleur de peau, expressivité et exigence dans les intentions, velouté et clarté du propos, ainsi qu'un jeu mélodique unique sans technique ostentatoire et enfin un swing de bon aloi sur les tempos rapides. Beaucoup plus que chez le Bill Evans de la dernière période (1974-1980), Fred Hersch aime les brisures rythmiques et les ruptures harmoniques. Et il les assume. Donnant ainsi une musique surprenante et loin d'être conventionnelle. Bref, chaque pièce est un prétexte à éveiller pas mal d'émotions. Toutes ces qualités sont bien entendu magnifiées dans cet opus capté live au Village Vanguard les 7 et 12 février 2012 (l'équivalent de deux sets de une heure chacun). Mieux, celui que l'on compare souvent (et à tort) à Bill Evans et qui fut l'un des premiers pianistes de Billy Harper (au milieu des années 70) et qui accompagna Art Farmer, Joe Henderson et bien d'autres encore (2), trouve ici les meilleures conditions pour y exprimer sa conception de l'art du trio. Les morceaux sont le plus souvent autobiographiques, dus à la plume toujours inspirée du pianiste comme on l'entendra dans "Rising Falling", ou encore "Tristesse" en hommage à Paul Motian, "Dream of Monk" (référence au maître Thelonious Monk) ou encore "Havana", une composition faussement simple qui ouvre le disque 1. L'on trouvera aussi quelques standards interprétés avec beaucoup d'habileté et de savoir-faire. Ainsi l'enchaînement judicieux entre "Lonely Woman" d'Ornette Coleman et un "Nardis" de Miles Davis impressionniste donne à entendre une maîtrise du matériau et une recherche de la cohérence harmonique. Ses partenaires font preuve d'un soutien remarquable. Dans "I Fall in Love Too Easily", John Hébert prend un solo inattendu et carrément hallucinant... Si le premier disque est plus axé sur des morceaux mid-tempo (des ballades essentiellement, hors mis le génial et bouillonnant "Segment" de Charlie Parker), le disque 2 surprendra par ses audaces, son intensité et ses rythmes enlevés, ainsi qu'une prise de risque accrue de la part de nos trois comparses ("The Wind", "Sartorial", merveilleuse composition dédiée à Ornette Coleman...).

Le trio régulier du pianiste constitué de John Hébert à la contrebasse et d'Eric McPherson à la batterie tourne depuis fin 2009 (les musiciens remplacent respectivement Drew Gress et Nasheet Waits) et donne le sentiment d'être fort bien rôdé (3). C'est un acquis maintenant. Cette rythmique élastique est sans doute ce que Fred Hersch a eu de mieux jusqu'à présent. Cette entente et osmose entre les musiciens, c'est donc du pain béni pour nos esgourdes, même si lors d'une première écoute, l'on pourra parfois regretter qu'il n'y ait pas encore suffisamment d'ouverture pour une pareille rythmique (impression qui sera heureusement contrecarrée dans les versions de "Nardis" et de "Dream of Monk", au cours desquelles les deux artificiers poussent le pianiste dans ses retranchements). La prise de risque, tout est là. On ne le dira jamais assez. L'album est certes d'une belle cohérence, variant les humeurs et les tempos mais on attend encore un cran au-dessus pour les trois hommes dans ce triangle quasi parfait arrivent à nous emporter loin du port. A noter qu'un premier album studio avait été enregistré avec la même paire rythmique il y a deux ans déjà (Whirl).

Cette rythmique, bien différente de la précédente sur bien des aspects, n'en demeure pas moins souple et subtile, présentant un potentiel énorme (écouter le magnifique et intense "Jackolope"... ou l'introduction très introspective dans "Lonely Woman"). Elle distille un soutien des plus remarquables (écouter le solo époustouflant de John Hébert sur "Nardis" et "Opener" qui ouvre le disque 2, ou encore cette osmose entre le contrebassiste et le batteur propulsant le pianiste au cours de ce thème d'anthologie en hommage à Ornette Coleman...). Mieux, les variations rythmiques sont sublimées ici ("Dream of Monk"). Les talents d'Eric McPherson tout comme ceux de John Hébert (les derniers musiciens à avoir accompagné Andrew Hill, dit en passant...) restent étroitement associés à la réussite de ce double-compact qui sera, à n'en pas douter, d'ici quelques années, une pierre angulaire dans la discographie du pianiste. Chaque pièce tend à traduire une émotion particulière (le deuil et l'hommage dans "Tristesse", la tension dans "Jackolope", la joie de vivre dans "Dream of Monk" et puis surtout cette création empreinte de fragilité qu'est "The Wind", au cours de laquelle, après une introduction en solo absolu par le pianiste, la rythmique s'installe tout en finesse et retenue, lâchant un drive époustouflant). Aussi, le propos de nos trois musiciens est d'éviter les longueurs inutiles et d'aller assez vite à l'essentiel (les pièces durent en moyenne entre six et sept minutes). Bref, "Alive at The Vanguard" s'incarne en un recueil qui gagne en maturité au fil des écoutes (c'est le genre de disque que l'on réécoutera, en y découvrant toujours de nouvelles richesses). De mon point de vue, il s'avère en tout cas aussi indispensable que le précédent live en trio de Fred Hersch (Live At Village Vanguard) paru chez Palmetto en 2003). Et si la musique contenue dans ce double compact n'est pas spectaculaire (ce n'est pas son but), elle tranche sans problème sur nombre de productions actuelles. La prise de son est exceptionnelle, mettant en valeur chaque instrument. Les notes de pochette sont signées par le pianiste. Sur les six concerts donnés au Vanguard, avec deux à trois sets par soirée (sic), cette trace pourrait bien ne pas être la dernière. Il est en effet annoncé sur le site du pianiste ainsi que sur AllMusic de futurs disques issus de ces sessions. On verra bien. Et qui sait, un coffret peut-être...

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(1) Cette année, il a également sorti un album de duo avec un clarinettiste (Da Vinci paru sur le label Bee Jazz).

(2) On en profitera pour rappeler ici la dette de Brad Mehldau envers Fred Hersch. Celui-ci, comme Kenny Werner, fut un temps le prof du jeune pianiste...

(3) Ces derniers temps, quand sa rythmique n'était pas disponible, le pianiste s'entourait de musiciens new-yorkais talentueux comme le contrebassiste Matt Penman et le batteur Colin Stranahan. Billy Hart a été également entendu aux côtés de Fred Hersch (New-York, juin 2010).

Fred Hersch - Alive at the Vanguard

 

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05 juillet 2016

vingt après...

Dans ma tendre jeunesse, cet album m'a sacrément marqué. Et de le réécouter des années après, le plaisir reste intact. Après avoir fait ses classes chez Betty Carter, puis enregistré une galette savoureuse aux côtés du trompettiste Wallace Roney (Seth Air paru chez Muse records en 1991), le tout jeune pianiste franco-américain Jacky Terrasson voit sa carrière littéralement décoller avec un premier album en leadeur publié par le label Blue Note et simplement intitulé Jacky Terrasson (l'album sorti en 1994 créa un buzz énorme!). On l'a souvent répété: son approche pianistique se situe entre Bud Powell et Ahmad Jamal (et non pas Michel Petrucciani comme on l'a souvent dit et répété...). Le jeu de Terrasson est par ailleurs marqué par un son très contemporain. Ses prises de risque pour ce deuxième album solo sont énormes (« The Rat Race » exécuté à une vitesse inouïe est à tomber parterre !). Enfin c’est la cohésion de ce trio qui suscite l'enthousiasme. Vingt ans après sa publication, Reach n'a pas pris une ride. Ses prestations en concert furent pour moi époustouflantes. De la même veine qu'un Stephen Scott ou un Carlos McKinney, il était alors considéré à cette époque comme un jeune loup prometteur. Ici, il est de nouveau entouré de sa superlative section rythmique (à savoir le contrebassiste Ugonna Okwego et surtout ce batteur monstrueux qu'est Leon Parker, dont les frappes sèches et colorées apportent un dynamisme et une fraîcheur incontestable à l'ensemble, par ailleurs ses frisées et son jeu ternaire font tout notre bonheur).

Lors de sa sortie en 1996, je m'en souviens encore, Reach marquait la consécration du trio de façon convaincante. Les critiques s'enthousiasmaient. Les amateurs de jazz se ruaient chez leurs disquaires et nos étés furent les plus doux et les plus joyeux de cette époque faite d'insoucience et d'innocence... Le format du trio tout acoustique de piano, contrebasse, batterie était alors un pur ravissement pour nous autres amateurs et musiciens. Mieux ! Décomplexé, Terrasson offrait là un répertoire inoubliable, entre tendresse et bonne humeur ! Le genre de set parfait, pas prise de tête pour un sou, mais témoignant malgré tout d'un travail énorme en termes d'harmonies (l'alliage entre « Reach », par exemple, et « Smoke Gets In Your Eyes », se terminant sur une coda spontanée et surprenante). Alternant une relecture de quelques standards (en ouverture, le magnifique « I Should Care », ou encore « Just One of Those Things » et « All My Life », « I Love You for Sentimental Reasons ») et compositions originales (l'inoubliable « Baby Plum », « First Affair », et l'excitant et jubilatoire « Happy Man », qui est vraiment la pièce centrale de cet album et donne carrément le ton à l'ensemble, à savoir le plaisir de jouer avec panache, conviction, en prenant une dose de risque énorme!!!). Alors âgé de trente ans, Jacky Terrasson était un homme heureux! Malheureusement pour nous, avec cette section rythmique de rêve, il enregistrera un seul et dernier album (Alive, Blue Note, 1998), qui hélas n'atteindra plus le niveau de deux premières sessions…

Bref, avec Reach, vous tenez là une perle rare en termes de triangle! Ne vous y trompez pas! Il s'agit bien là de son meilleur album à ce jour (en tout cas, de mon point de vue...), celui dont le plaisir de jouer est d’une évidence indicible (la joie est à ce point communicative), celui aussi d'une interaction et d'une rare alchimie entre les musiciens. Reach, un album en tout point incomparable, avec des idées plein la tête et plein le coeur (réécouter l'intro sur « All My Life » ou l'interaction magique dans « Happy Man »...). L'intérêt de la galette, c'est donc la quasi-perfection d'un répertoire doublé d’un jeu et d’une prise de risque incomparables (le géniallissime « The Rat Race » exécutée à un train d'enfer évoquera les prouesses d'un Bud Powell, ou encore « Baby Plum », morceau d'anthologie, un « tube » énorme que l'on finira, mine de rien, par siffler quand on sera sous la douche…). Grâce à Reach, l'auditeur trouvera une pèche d'enfer! Des standards comme « I Should Care » évoqueront également la grande époque de Nat King Cole, tout comme « Just One Those Things ». Bref, avec une relecture pareille, ces thèmes nous étonnent, nous surprennent, nous font même sourire! Rarement avais-je entendu des pièces possédant autant de fraîcheur! Reach s'incarne donc, au fil des écoutes et des années, comme la perle rare qu'il ne faut surtout pas manquer. Disque marquant des années 90. En deux mots donc : chef-d’œuvre.

 

Jacky Terrasson Reach

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04 juillet 2016

retour sur un événement musical incommensurable...

Oleo: Sonny Rollins

 

L'inattendu. L'imprévisible. L'ineffable. Et surtout un moment colossal dans l'histoire du jazz. Que vous soyez musicien, mélomane ou amateur de jazz, l'événement va vous terrasser ! Pendant plus d'un demi-siècle, rendez-vous compte, seule la partie visible de l'iceberg était disponible. Le « live » figurant sur le fameux Our Man in Jazz était connu de pas mal d'amateurs et figure toujours dans le panthéon des grands disques de Sonny Rollins publiés par le label RCA Victor (d’ailleurs, on peut toujours trouver la galette d'origine dans un coffret réunissant les albums de Sonny Rollins illustrant sa discographie du début des années 60). De ce concert au Village Gate où ne figuraient que trois thèmes dans Our Man In Jazz, les Japonais avaient bien déniché quelques pistes supplémentaires. Ils avaient produit à ce titre un double album (plutôt difficile à trouver pendant de longues années). Mais voilà, aujourd'hui, on peut vraiment parler d'événement musical sans précédent ! Nous est enfin restitué The Complete « Our Man in Jazz » : plus de six heures de musique (trois soirées « marathon », six sets de soixante dix minutes chacun)... Cette musique qui nous a brûlés les ailes et dont on espérait d'autres traces... et bien, c'est maintenant chose faite avec ce coffret intitulé « The Complete Live at The Village Gate 1962 » ! Rappel des faits : le trompettiste Don Cherry vient de quitter le quartette d'Ornette Coleman et le saxophoniste ténor Sonny Rollins sort de sa retraite existentielle et artistique (pendant trois ans, après sa tournée européenne de 1959, il s'était éclipsé pour une sacrée remise en question). Son retour fut marqué par un enregistrement magistral : The Bridge (RCA Victor, mars 1962). Mais très vite, il disloque son quartette avec Jim Hall et Connie Cay. Il garde son fidèle contrebassiste Bob Cranshaw. Il n'a qu'une idée en tête : rejoindre Don Cherry. Les deux hommes sont issus de deux univers différents (Rollins, c'est la perfection harmonique du jazz. Cherry, la dislocation harmonique du free). Mais ils s'entendent à merveille. Et puis surtout, le Colosse est un homme qui aime jouer sur scène. Plus rien ne lui résiste, plus rien ne lui fait peur. Les risques, il veut les prendre, et il va les prendre avec le trompettiste ! Faut dire que Don Cherry lui ouvre pas mal de perspectives. Rollins déclare : « Don Cherry and I would practice together, just he and I. Great fun. He had a fantastic musical imagination, musical mind. He always kept things on a creative, unplanned level. Spontaneous » (traduction : « Don Cherry et moi avions l'habitude de nous exercer, juste lui et moi. Que du bonheur ! Il avait une imagination musicale impressionnante. Un esprit purement musical. Il maintenait toujours les choses à un niveau de création incroyable, ça n'était jamais planifié, mais toujours spontané ! »). Ce témoignage rejoint et confirme bien entendu ce qu'en disait déjà Steve Lacy quelques mois plus tôt (voir l'album Evidence gravé en 1961 sous le label New Jazz).

Ainsi, il est parfois étrange de constater, de par un détour, de par une bifurcation ou une impulsion, comment un collectif en arrive à marquer des générations de musiciens et de mélomanes. Mais il est encore plus étrange de constater que, lors de sa publication sous le label RCA Victor, « Our Man In Jazz » fut torpillé par quelques critiques. A commencer par Pete Welding (qui attribua la note de trois étoiles chez Downbeat). Plus tard, de soi-disant experts méprisèrent cet enregistrement capté « live » au Village Gate au cours de ces quatre soirées (les 27-30 juillet 1962). Seul Ralph Gleason semblait y voir un potentiel énorme. Quant à Richard Cook et Brian Morton, deux autres critiques très considérés dans le milieu du jazz (auteurs entre autre du Penguin Guide to Jazz), là encore leur mauvaise foi est de taille : « The meeting with Cherry is both hit and miss » (« cette rencontre avec Don Cherry est à la fois aléatoire et ratée »). Jugement complètement à côté de la plaque, ou au mieux, paradoxal. Car je ne cesse de le répéter ici et ailleurs : le jazz, ça n'est pas autre chose que cela : de l'imprévisibilité, sortir des sentiers battus. Et l'essence de l'improvisation, surtout quand elle est organisée comme ici, c’est du nectar. Hélas, au lieu d'y voir une alchimie bouillonnante, au lieu d'y entendre deux voix bien distinctes se superposant avec un naturel inouï, deux approches du jazz se mariant de façon unique, les critiques des années 60 reprochèrent aux deux hommes d’avoir si peu en commun et que lorsqu'ils jouaient, c'était comme si l'on entendait deux instrumentistes jouant chacun de leur côté (sic). The Avant-Garde, l’album studio de John Coltrane avec Don Cherry publié par le label Atlantic deux ans plus tôt, avait subi les mêmes reproches. Aujourd'hui, ces opinions hâtives n'ont plus aucun intérêt pour au moins trois raisons : à l'écoute de ces quatre soirées historiques (j'insiste sur ce terme, « historiques ») qui nous sont donc entièrement restituées (sur le disque « Our Man In Jazz », seulement trois pièces avaient été retenues, « Oleo », « Doxy » et « Dear Beloved », que l'on retrouvera sur le disque 1) on entend deux musiciens mugir de plaisir... 2) Le public a évolué en matière de « free jazz » et depuis qu'il a découvert et écouté Ornette Coleman, il sait de quoi il en retourne... 3) La force, la puissance du collectif réunissant justement deux membres de l'ancien collectif d'Ornette Coleman (Don Cherry à la trompette et Billy Higgins à la batterie) avec la paire Sonny Rollins / Bob Cranshaw (contrebasse) donnent à entendre un carré d’as. Cette façon d'explorer en toute liberté une musique qui ne cessera pas d'être spontanée, parce qu’elle déambule là où elle le désire, c'est à ce point inoubliable. Alors, certes, leur aventure n'aura même pas duré une année (juillet 1962 - février 1963) et l'on pourra toujours regretter une telle interruption artistique (1), mais les faits sont là : ces pièces constituent en tout point un événement musical sans précédent.

Pour l'heure, vous pouvez donc appeler les pompiers ! Parce que, oui, « la maison brûle »... Et la maison, c'est le Village Gate, ce club de jazz situé dans le quartier de Greenwich Village à New-York. A toute fin utile, disons aussi que le label Solar Records a accompli un travail artisanal exceptionnel : dans un coffret de toute beauté, solide et carrément bien foutu (même taille et même concept que les coffrets ECM, tel que celui de Paul Motian par exemple), on a bel et bien l'intégrale de trois soirées au Village Gate, sans coupure, et dans l'ordre chronologique, s'il vous plaît! C'est une somme co-lo-ssale, un truc de malade ! Six disques, dix-huit titres, presque sept heures de musique bouillonnante, tout en furie et en mouvements... Avec ce genre de publication, on serait bien sûr en droit de se méfier parce qu'il ne s'agit en aucun cas d'un recueil « officiel » et que Rollins ne touchera pas de royalties... Pour l'heure, le Colosse ne s'est pas manifesté. En attendant donc, c'est vraiment un truc de fou furieux : l'on y entend un quartette en plein travail, en pleine exploration. Chaque morceau s'étend jusqu'à trente minutes et plus. Beaucoup d'improvisation libre (les titres s'intitulent alors « Untitled Original A#1», « Untitled Original A#2 », etc.). Tout au long de ces six sets (à partir du quatrième, les pièces sont beaucoup plus free), il s'agit bien d'une improvisation raisonnée ou disons organisée. Les autres titres, vous les connaissez forcément comme je le laissais entendre plus haut. Mais on a aussi le bonheur de trouver les versions inédites de « Solitude » (Duke Ellington), « Saint Thomas » (Rollins), « Home Sweet Home » (traditionnel), « Tempus Fugit » (Bud Powell) et « Three Little Words » (Kalmar/Ruby). Dire que j'attendais cet événement depuis quinze, vingt ans ! Prière exaucée ! Performance historique d'un quartette imprévisible à tout instant, jouant dans l'instant, se jouant du présent, avec un Sonny Rollins sortant des sentiers battus et un Don Cherry qui batifole dans l'eau comme ça n'est pas permis... Quant à la rythmique, elle est diablement efficace, tellurique, sur-prenante, laissant parfois les deux soufflants développer leurs idées. Un sens de l'espace inimaginable. Les ruptures harmoniques, avec ses idées toutes aussi folles les unes que les autres, qu'elles soient mélodiques ou rythmiques, jamais les mots pourront décrire une pareille expérience ! Billy Higgins est le diable incarné ! Sa pulse est incroyable ! Bob Cranshaw qui plus tard sera remplacé par Henry Grimes est lui aussi magnifique... Bon, et la prise de son alors ? Ben, elle y est... extraordinaire, immaculée (« pristine » comme ils disent Outre-Atlantique). Je ne ferai aucune comparaison, mais allez, je le dis de façon péremptoire et complètement assumée : ces traces sont aussi ESSENTIELLES que le Complete Live at The Plugged Nickel de Miles Davis, le Complete 1961 Village Vanguard Recordings de John Coltrane, le Complete Village Vanguard Recordings 1961 de Bill Evans. Aussi essentiel. Aussi indispensable. Attention, ce coffret ne restera pas longtemps disponible. C'est quasi-certain.

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(1) Les performances suivantes du collectif (peu nombreuses il est vrai) sont trouvables ici : un live à l'amphithéâtre de l'East River Park de New-York (août 1962). L'équipement était celui d'un amateur. On peut donc s'en passer car la qualité sonore laisse vraiment à désirer. Enfin, plusieurs traces de leurs tournées européennes circulent sous forme de bootlegs (enregistrements de janvier 1963 essentiellement parus sous le label Gambit). Mais ce coffret, on l'aura compris, est L'EVENEMENT à ne pas manquer. Non seulement les morceaux sont plus longs que partout ailleurs, les musiciens explorant longuement les bienfaits de l'improvisation libre, mais de surcroît la qualité sonore est à ce point EXCEPTIONNELLE.

(2) Suite à cette dislocation avec Don Cherry, Rollins reviendra à un jazz plus classique, parfois conventionnel (du moins en apparence). Dans « Rollins Meets Hawk », il trouvera en la personne de Paul Bley, un interlocuteur privilégié. Un pianiste dont on allait savourer l'art musical au fil des décennies.

 

Sonny Rollins Complete Live at Village Gate 1962

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24 juin 2016

Brexit, so what now...

Expliquer l’actualité restera toujours une prétention, comme le laissait entendre Fernand Braudel dans Grammaire des Civilisations. Tout au plus peut-on nourrir l’ambition de la mieux comprendre, par tel et tel chemin. Pour ma part, je choisirai le chemin de la philosophie politique. Vous me direz, c'est encore plus prétentieux, vain et inutile, et vous aurez sans doute raison. Mais comme j'en ai plutôt marre de l'actualité, et que j'aime bien les choses compliquées et les trucs assez casse-gueule, je vais tenter de dire avec mes mots à moi comment je vois ce Brexit qui nous choque à quelque degré que ce soit. Essayer de comprendre ce qui se passe et ce qui s'est passé la nuit dernière est un risque. Risque de se tromper dans son analyse. Tout ça pour dire qu'on pourra toujours voir les choses de plusieurs façons. Parce qu'à la différence des Anglais, notre présence au sein de l’UE s’apparente avant tout à l’évitement du pire, conception classiquement libérale de l’Etat. « On sait qu’on est dans la merde », mais on préfère y rester et maintenir un statu quo plutôt que de bouger les choses, dans le sens de s’auto-instituer, car pareil travail démocratique (celui de penser et d’imaginer une société sociale auto-instituée) impliquerait tous les citoyens à sortir de leur égoïsme et de leur paresse intellectuelle, pour réfléchir, se constituer en petits groupes de débats et délibérer (ça serait un travail lourd, de longue haleine qui risquerait surtout d’être interminable, mais l'Homme européen comme la Femme européenne en ressortiraient grandis et certainement plus libres). Bref, comme il n'y aurait pas de place pour la paresse dans pareil projet, on peut toujours rêver ! Pour les partisans du statu quo ou du « restons dans la merde », il s’agit donc de prévenir pour l’heure les atteintes à une certaine intégrité et à la sécurité des individus, rien de plus. La vieille antienne « dans le doute, abstiens-toi » est bien connue. Ce vote montrerait en tout cas (selon la presse et la doxa) que d’un côté on aurait des gens qui ont peur de l’immigration, de l’autre des gens qui ont peur pour leur porte-monnaie (ou pour leur pouvoir d’achat). Bref, des deux côtés, le même type d’individus : des gens appeurés et des bourgeois de surcroît, se faisant des films et des scénarios à n'en plus finir. Et la presse forcément s’en fait le relais (plus bourgeois que la Presse, tu meurs...).  

Cela dit, et sérieusement, les risques d’une souveraineté populaire comme le souhaite maintenant le Royaume Uni qui a voté la nuit dernière à 52% la sortie de l’Union européenne sont réels et énormes (repli identitaire, inflation, nationalisme, racisme, conservatisme forcené, paralysie de quelques institutions, de nouveaux problèmes avec l’Irlande du Nord et l’Ecosse, bref une série de problèmes que le Royaume Uni n'est pas prêt de résoudre en un claquement de doigts ni en l'espace de trois ou quatre mois). Et puis dans ce chaos réel ou apparent (on ne mesure pas encore les effets), le problème majeur, quand on y réfléchit, est double, parce qu’en même temps, confrontés à notre scepticisme politique à l'égard de la non-politique commune, nous ne pouvons ignorer plusieurs aspects qui ne tournent pas rond au sein de l’UE: politique commune et défense commune quasi-inexistantes, ultralibéralisme sans aucune limite, si peu de régulation, influence du FMI qui impose ses diktats à Bruxelles, droit du travail qui part à vau l’eau un peu partout en Europe, exploitation de masse, précarisation de masse, politique ultralibérale sans vergogne, humanité considérant l’homme et la femme comme de la marchandise, loi de la jungle, surdité de Bruxelles, incohérence de toute politique sociale, désignation de nouveaux boucs émissaires, désintégration du social, ventes massives d’armes, volonté de diviser les peuples (à leurs corps défendant). A un moment, il faut choisir et assumer son choix, disait un homme politique que je n'ai pas envie de nommer. Sauf qu'il oubliait de dire que reste ensuite tout à imaginer, et à tout reconstruire… Et que sans projet, ça ne tient pas. Or, l'UE n'a plus de projet, et ceux qui en sortent, n'en ont pas non plus... Aussi, en général, on reconstruit après une guerre… La guerre financière a sans doute assez duré... C'est sans doute le vrai sens de ce Brexit. Un « Non » ferme aux banquiers et au pouvoir de la City... Je souhaite bien du courage à mes amis Anglais, car la tâche ne va pas être simple. Ni pour eux, ni pour nous.

Alors, que veut dire ce « Brexit » ? Qu’implique-t-il ? La fin de certains avantages certes (fin des subventions de la part de Bruxelles, etc.). Mais pas seulement. C’est, provisoirement en tout cas, et de par la faute sans doute à David Cameron qui a trop joué avec le feu (c’est bien lui qui a lancé l’idée de ce référendum) un temps de réflexion. Mais un temps de réflexion qui risque de coûter cher... Les négociations vont aller bon train. Et ça risque d'être plus compliqué qu'on ne le croit. Enfin et surtout, si on parle de réflexion, y a un truc qui cloche. Car si les Anglais ont bien réfléchi avant de consommer leur divorce, à quoi vont-ils réfléchir maintenant, concernant les futurs échanges avec l'Europe? Bruxelles risque d'être sévère avec le Royaume-Uni. Mais pire encore, Bruxelles pourrait même en arriver à se saborder (car c'est bel et bien l'objet de ce post, l'UE est en déroute depuis pas mal de temps), entraînant avec elle une dégringolade dont certains pourraient bien profiter... Autre question : Assistera-t-on enfin dans les années à venir à la construction d'une Europe fédérale forte et cohérente? Rien n'est moins sûr... Faut-il donc casser l'UE avant de faire une Europe fédérale forte et juste? En attendant, pas de panique : les déplacements et les échanges avec les îles continueront. Et ce n’est pas parce que les places boursières dégringolent que l’on doit paniquer. Ceux qui paniquent un peu pour l'heure, à mon avis, ce sont les traders, les actionnaires, etc. 

Au final, on ne sait trop comment faire. On sait toujours ce que l'on quitte, mais on ne sait jamais ce que l'on trouve après... C'est la fameuse théorie du risque. Et pourtant, avec le chaos que ce Brexit risque d'engendrer, ne voient-ils pas que le statu quo et leur incapacité à penser une politique juste met toute l'UE en déroute (pour ne pas dire en pleine banqueroute) ? Car finalement, tout est à repenser. Dans la « justice », ou dans ce qui est juste. Or que voyons-nous depuis une trentaine d’années ? De la corruption un peu partout (petits arrangements entre politiciens et le monde des affaires), à Bruxelles, Paris, Berlin et même à Londres (avec les conséquences et les inégalités que l'on sait : des riches de plus en plus riches et des pauvres de plus en plus pauvres). Les classes populaires ont donc voté majoritairement « Leave » parce qu’elles en ont assez. Et je ne pense pas pouvoir les en blâmer au final. C’est une réaction humaine, historique certes, répréhensible sans doute aussi, mais humaine avant tout. Qui montre avant tout l’échec de l’UE.

Cela pose également le problème de la liberté absolue ou « positive », celle qui est sans régulation, autrement dit sans autolimite. Car sans autorégulation, sans crainte (hélas) d’une Europe forte et juste, l’homme part sur la pente glissante qui conduit à l’enfer totalitaire. Nos révoltes également devraient être régulées. Et dès qu’il y a révolte, nos hommes politiques devraient tendre l’oreille et non se les boucher. On relira à ce titre l’ouvrage d’Albert Camus (L’homme révolté). Mais, dans ce brouillon qu’est le mien, où j’essaie de discerner les choses à ma petite échelle, je me dis qu’une justice, ou disons une Europe juste, passerait forcément par un équilibre sain entre « liberté positive » et « liberté négative » (pour reprendre les thèses de Judith Shklar, relevées d’ailleurs par Castoriadis et de bien d’autres encore), pour noter ceci : une théorie de la justice et de la liberté qui ne définit pas ses propres réquisits institutionnels, sociaux et moraux est incomplète. Une théorie de la justice sans autorégulation des marchés est incomplète également. Il est normal de remettre en cause ou en question certaines institutions. Les remous de demain (la sortie de l’Allemagne est une forte éventualité, comme celle de la Hollande, du Danemark et de la Pologne) secouent l’Europe et risquent de provoquer des guerres larvées et sans fin. En tout cas, un éclatement certain de l'UE pour tout recommencer et repartir à zéro. L’Europe ne trouvera pas de solution d’ici 2017, c’est mathématiquement impossible. Mais à la rigueur tant pis. Ce sera un temps de turbulence conséquent, forcément, et ce sera presque chacun pour soi (ou par regroupements communautaire)… Sauf que : est-on prêt pour une Europe à l’américaine, sans foi ni loi, avec des loups un peu partout (telle que montrée dans la série Fargo produites par les frères Coen), pour caricaturer un peu?

Conclusion : On n’a pas besoin d’un chef, mais d’un gouvernement politique commun actif (et donc ni passif et ni opaque) avec une vraie volonté politique (sociale, solidaire, faisant l’équilibre entre liberté positive et liberté négative) avec des propositions concrètes, soutenues par une majorité d’Européens responsables et conscients, délestés de tout sentiment de haine et de crainte, mais qui ont le désir d'apprendre, de lire, qui se sentent non pas citoyens (je déteste ce mot), mais qui sont avant tout des individus ayant suffisamment de discernement pour décider, quitte à créer de nouvelles institutions et de nouvelles formes de « solidarités justes » (notamment au niveau fédéral). Et enfin, pour reprendre la thèse de Simone Weil, la fin d'un régime des partis. Mais, là, c'est une autre histoire à écrire... 

 

Brexit

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19 juin 2016

Sans surprise, hélas... * * *

Brad Mehldau Trio - Little Person [Official Audio]

C’est à se demander si les chroniqueurs du New-York Times ou encore les quelques plumes qui gravitent autour de All About Jazz et de bien d’autres sites encore, commentent, se posent des questions ou font tout simplement de la pure promotion (on évoquera également John Fordham dans la rubrique jazz du fameux quotidien britannique, The Guardian, sans oublier son homologue franco-suisse Michel Contat qui ne devrait pas tarder à nous pondre un article élogieux sur cette nouvelle parution…). Inutile donc de se demander pourquoi toutes ces voix sont unanimes ou font l’unanimité, et déclarent d’un même chœur que ce « Blues and Ballads » est une heureuse réussite (Nonesuch, 2016). Le disque est à peine sorti que les éloges fusent de partout. Bien entendu, c’est leur droit le plus absolu, mais n’est-ce pas aussi parce qu’ils sont entourés de ce luxe paisible et conventionnel ? N’est-ce pas parce que la musique de Brad Mehldau nous parle avant tout de confort et d’autosatisfaction ? Quelque part, si on a le monde qu’on mérite, on a aussi la musique qu’on croit mériter… Hélas, certains ne dépasseront jamais le cas « Mehldau ». C’est à se demander donc si tous ces spécialistes et amateurs ont bien écouté ce cinquième album du trio de façon objective. Je vais sans doute râler des mots affreux tels que le ciel en sera légèrement troublé, tels que la mer en sera houleuse, mais il y a de quoi être un peu déçu ici. Brad Mehldau, quarante-six piges cette année, possède certes l'influence la plus décisive de sa génération… Tout le monde sait qu’il a relancé l’art du trio jazz à la fin des années 90 en incorporant dans son répertoire des thèmes de Radiohead et j’en passe. Il poursuit donc sa voie avec son trio tout acoustique composé de Larry Grenadier à la contrebasse et de Jeff Ballard à la batterie. Douze ans que dure l’aventure. Leur précédent album, Where Do You Start (Nonesuch, 2012), m’avait laissé sur la faim. Il aurait d’ailleurs dû s’intituler « Where Do We Finish »…

Dans l’art de la ballade et du blues, ce titre s’avère trompeur pour plusieurs raisons. L’album est loin d’être mauvais (il se rapproche même du Art of the Trio volume 1), mais n’apporte aucune originalité, tout comme le Night of Ballads and Blues de McCoy Tyner (Impulse, 1963). Un titre en rappelle tant d’autres… Mais comme me le rappelait un ami, à raison, « quand on n’attend rien, on n’est pas déçu »… Il n’y avait rien à attendre de ce dernier album en trio. Et effectivement, il n’y en a rien à attendre… Et pourtant, dieu sait que je l’ai aimé l’ami Brad. Mais que se passe-t-il donc depuis une bonne dizaine années ? Est-ce l’auditeur que je suis qui a changé ? Hors mis Ode qui m’apparait très réussi et où j’y voyais une sorte de renaissance lors de sa publication (Nonesuch 2012), je constate que le problème majeur du trio de Brad Mehldau vient de son batteur. Ce disque pose aussi la question du renouvellement. Enfin, le répertoire laisse peu de place à la surprise et au mystère. Une certaine paresse comme en témoigne cette version de « I Concentrate On You » (Cole Porter). Certains ont beau répéter que ses concerts ont cette « inspiration quasi symphonique » qui est à chaque fois « une aventure qui mène les auditeurs au plus profond de la musique », désolé, moi ça fait longtemps que je ne vais plus aux concerts du pianiste. Quant à la beauté dans ce disque studio gravé sur deux ans (ça en dit long), elle est fugace, brève, à peine esquissée… Pas vraiment inoubliable (1).

Oh, je sais, certains vont encore nous ressortir la sempiternelle expression « Less is More » alors qu’ils n’auront pas écouté le manifeste le plus probant du Wintsch/Hemingway/Oester Trio (Less Is More publié par Clean Feed en 2008). Vous l’aurez compris : rien d’urgent par ici. Mais absolument rien. C’est comme dans les derniers disques de Keith Jarrett (dont on entendra l’influence dans le jeu de Bradou, ou un clin d’œil, si vous préférez, notamment dans le traitement de « Cheryl », la composition de Charlie Parker…). Bref, du beau travail mais rien de transcendant. On attendait surtout Mehldau sur un terrain plus créatif. Car oui, je me demande seulement où elle est passée, la création. Envolée ? Volatilisée ? Braves gens, on vit un monde de consommation où tout doit être aseptisé. Pas de conflit ! Revenons sur le répertoire : un « Cheryl » joué sans panache, mais « joué simplement » me direz-vous, et le pire, c’est que si ça fonctionne, il n’y a pas de quoi fouetter un chat, car effectivement, ça ronronne. La main gauche du pianiste rythme bien la mélodie, mais c’est du déjà entendu, en moins bien. De petits bonds sur le clavier, mais des envolées, des idées harmoniques, que nenni ! Le solo du batteur est anecdotique. La version de « These Foolish Things » est très moyenne, là encore. Les partisans du « Less is More » y trouveront soi-disant leur bonheur… Mais un bonheur factice, policé, très bourgeois, voire très aristocratique. La partie solo (dans son développement sans la rythmique) avait pourtant de quoi séduire (comment ne pas songer à Erroll Garner ?). Pour conclure, si ça avait été un pianiste inconnu, on aurait dit « bon, c’est du bon travail mais sans plus » (trois étoiles), mais là, diantre, c’est le trio de Brad Mehldau ! (trois étoiles, voire deux pour moi…). Un disque correct que les néophytes peuvent se procurer. Les plus exigeants passeront vite à autre chose. Il y a suffisamment de disques pour trouver ailleurs son bonheur (4). A ce propos, il est un musicien à suivre de très près, et qui dans le même genre, propose en mouillant sa chemise, une musique hautement créatrice. Je veux bien sûr parler de Michael Wollny (5).

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1) « Blues and Ballads » fut gravé au Sound Studio de New-York en deux temps, en 2012 et 2014.

2) Personnellement, je ne sauverai que la version de « And I Love Her » (John Lennon / Paul McCartney) qui est sans doute avec « My Valentine » (dernière plage) la pièce la plus réussie.

3) Je sais, je n’étais pas obligé d’en parler… Mais entre Brad Mehldau et moi, ce fut une longue histoire d’amour (1996-2016). Je crois que le divorce est définitivement entamé. Irrémédiable…

4) Qui a par exemple entendu parler de ce merveilleux pianiste qu’est Michael Jefry Stevens ? Son album For Andrew est dans l’art du trio un petit secret bien gardé (vous y trouverez ma chronique sur le site)...

5) Un concert à Coutances (le festival « Jazz Sous les Pommiers ») est toujours disponible sur le site de France Musique. Les disques de Michael Wollny parus sur le label Act étant encore un peu verts (ou pas assez convaincants de mon point de vue), on attendra sans doute encore quelques années avant qu’il ne nous propose un disque qui sorte réellement des sentiers battus. En attendant, régalez-vous avec cette captation « live »…

 

Brad Mehldau - Blues and Ballads

Posté par freddiefreejazz à 14:10 - Commentaires [0] - Permalien [#]